Le site SloWeAre.com lancé en février 2017 est la première plateforme française pensée pour les fans de mode dans le but de les informer sur la mode éthique et de les guider vers des achats responsables. Sa fondatrice, Eloïse Moigno, a lancé SloWeAre en 2017 après cinq ans de réflexions, d’études de marché et de rencontres avec les créateurs et les consommateurs. Je vous propose une rencontre avec cette jeune entrepreneure passionnée et positive, qui ne compte pas ses heures pour défendre des savoir-faire durables et respectueux de l’homme et de l’environnement.

« Les choses évoluent vite, et je pense que dans 5 ans, la mode éthique sera beaucoup plus facile à trouver, partout en France. »

Éloïse Moigno, fondatrice du site d’information sur la mode éco-responsable, SloWeAre.com

La mode éthique est un sujet qui peut sembler récent mais tu en as une telle connaissance que tu sembles baigner dedans depuis plusieurs années. Depuis quand es-tu passionnée par cette mode éco-responsable ?

Quand j’y repense, l’histoire est rigolote : j’ai d’abord découvert la mode éthique vers mes 12 ans, lorsque j’accompagnais ma mère dans les magasins Biocoop. Pendant qu’elle remplissait le caddie pour la semaine, je flânais au rayon vêtements. Il n’y en avait pas beaucoup à l’époque, seulement quelques accessoires qui tiennent chaud : des chaussettes et des bonnets en laine d’alpaga ou en fibre de bambou. Déjà à l’époque, je lisais les étiquettes et ces noms me faisaient voyager. Par contre, cette mode-là ne me faisait pas envie, et j’avais associé dans mon esprit mode éthique et mode ethnique.

Ma seconde rencontre avec la mode éthique s’est faite bien plus tard, quand j’avais 26 ans. À l’époque, je commençais à rechercher des vêtements Made in France de qualité, bien coupés, qui dureraient plusieurs années. Je me suis rendue compte de la difficulté de trouver des marques et boutiques écoresponsables. Mais en passionnée de vêtements, j’ai pris plaisir à les chercher dans les rues de Paris, et c’est comme cela que j’ai définitivement plongé dans cet univers.

Mon shopping beauté au naturel :

T’es-tu volontairement tracé un parcours d’études pour travailler dans la mode éco-responsable ?

Non ! Le vêtement, plus que la mode, m’a toujours passionnée, mais j’étais également passionnée par le développement durable et le terroir. La mode ne s’est finalement imposée à moi que tardivement, alors que je travaillais dans un autre secteur.

Pour reprendre dès le début, j’ai grandi en Bretagne, dans une ferme où mes parents sont éleveurs de vaches laitières bio. Très tôt, j’ai su que je ne ferai pas carrière auprès d’eux et je me suis engagée dans des études tournées vers la vente. J’ai passé un DUT de Technique de commercialisation en alternance dans une boutique de prêt-à-porter pour me former à la vente.

Chaque jour, je déballais des cartons de vêtements neufs d’où s’échappaient des émanations toxiques (en particulier des cartons de jeans) qui me donnaient des maux de tête… J’ai aimé ce métier pour le relationnel et le conseil aux clientes, mais ce qui se jouait en arrière-boutique ne me convenait pas. J’ai senti que j’avais envie de parler des vêtements, de raconter leur histoire, mais je m’apercevais que ceux que je vendais étaient de mauvaise qualité, ils avaient plutôt une histoire à dégoûter les clients…

Alors j’ai poursuivi mes études. Je suis entrée dans une école de commerce où je me suis impliquée dans deux associations : l’une pour la promotion des produits du terroir, et l’autre pour un projet solidaire. J’ai axé mon mémoire de fin d’études sur la consommation responsable dans l’alimentation, en enquêtant sur ce qui permettrait au consommateur (les raisons et les moyens) de changer ses habitudes. Il se trouve que pour créer SloWeAre.com, j’ai refait exactement le même travail d’enquête de terrain, mais dans le secteur de la mode, bien sûr.

Une fois diplômée, j’ai intégré le groupe France Agricole où j’ai travaillé cinq ans comme chef de pub puis directrice clientèle. C’est à ce moment-là (en 2012) que j’ai recherché des vêtements indémodables, de bonne qualité et Made in France pour ma garde-robe. Mais même avec le Made in France j’ai fait des erreurs d’achat. Alors, j’ai déroulé la bobine tant bien que mal et je me suis trouvée face à l’opacité de ce secteur, aux difficultés de trouver les créateurs, les marques engagées car ils n’avaient pas de vitrine, pas de publicité pour les faire connaître.

Quand j’y repense, l’histoire est rigolote : j’ai d’abord découvert la mode éthique vers mes 12 ans, lorsque j’accompagnais ma mère dans les magasins Biocoop. Pendant qu’elle remplissait le caddie pour la semaine, je flânais au rayon vêtements. Il n’y en avait pas beaucoup à l’époque, seulement quelques accessoires qui tiennent chaud : des chaussettes et des bonnets en laine d’alpaga ou en fibre de bambou. Déjà à l’époque, je lisais les étiquettes et ces noms me faisaient voyager. Par contre, cette mode-là ne me faisait pas envie, et j’avais associé dans mon esprit mode éthique et mode ethnique.

Ma seconde rencontre avec la mode éthique s’est faite bien plus tard, quand j’avais 26 ans. À l’époque, je commençais à rechercher des vêtements Made in France de qualité, bien coupés, qui dureraient plusieurs années. Je me suis rendue compte de la difficulté de trouver des marques et boutiques écoresponsables. Mais en passionnée de vêtements, j’ai pris plaisir à les chercher dans les rues de Paris, et c’est comme cela que j’ai définitivement plongé dans cet univers.

Et c’est à cette époque que tu as eu le déclic d'entreprendre dans la mode éco-responsable ?

En effet, c’est venu de là. En 2015, j’ai ouvert mon blog « Écofashion Paris » alors que j’étais toujours salariée. Le samedi, j’emmenais mes copines dans les boutiques éco-responsables à travers Paris, et elles qui m’ont donné l’idée de faire ce que j’ai baptisé des « Écofashion tours », des visites guidées de boutique et d’ateliers de créateurs éthiques à Paris. Et moi, l’amoureuse des beaux vêtements qui ont du sens, j’ai vu que je pouvais contribuer à mon échelle à la prise de conscience dont nous avons besoin pour mieux consommer la mode. Pour cela, il faut pouvoir s’informer sur la mode et trouver facilement près de chez soi les solutions éco-responsables.

Quelle est ta définition de la mode éco-responsable ?

Je considère que l’écoresponsabilité correspond aux trois piliers du développement durable : économie, social et environnemental, auxquels s’ajoute la transparence. Les entreprises doivent pouvoir rendre compte au public de leur fonctionnement, informer de leurs limites, affirmer qu’elles connaissent leurs faiblesses, prouver qu’elles en ont conscience et qu’elles cherchent à évoluer, dans une dimension éthique.

L’éthique est pour moi la cohérence globale de la démarche. Par exemple, une grande entreprise qui décide de lancer un t-shirt en coton bio mais qui pousse à la consommation de masse n’est pas éthique. Ou une marque qui n’a pas connaissance des conditions de production de ses produits ou qui ne s’en soucie pas n’est pas éthique.

Je tiens à souligner que les consommateurs oublient parfois qu’écoresponsable peut simplement se traduire par acheter de seconde main, réparer un vêtement abîmé ou acheter français. Un t-shirt peut ne pas être bio mais écoresponsable si les personnes qui l’ont fabriqué ont été correctement payées. Finalement, l’écoresponsabilité consiste à bien faire les choses : savoir produire, et respecter les humains comme l’environnement.

Eloise Moigno et Thomas Eberlé, fondateurs de Sloweare

« Écoresponsable peut se traduire par acheter de seconde main, réparer un vêtement abîmé ou acheter français. »

Éloïse Moigno, fondatrice du site d’information sur la mode éco-responsable, SloWeAre.com

L'expression "écoresponsable" n'est-elle pas galvaudée lorsqu'on fait référence à un vêtement dont toute la filière n'est pas 100% responsable ?

Si, cela s’appelle du « green washing » ! Je constate que de plus en plus de marques, et des grosses marques, se posent des questions, ont envie d’aller vers la mode écoresponsable, mais ne savent pas comment s’y prendre ni comment communiquer auprès de leurs clients.

On retrouve trois cas de figure : soit ces marques misent sur « un produit qui va me faire toute ma communication », soit elles lancent un produit écoresponsable sans le dire car elles ne savent pas comment passer l’information, ou bien la marque n’ose pas se lancer car elle ne sait pas faire.

Le problème de ces grandes entreprises qui communiquent trop sur leur petite collection responsable, c’est que le consommateur va s’y perdre et avoir une définition biaisée de terme « écoresponsable ». Il va baisser ses critères, continuer d’acheter à ces grosses marques et ne va pas soutenir les vraies marques écoresponsables.

Quand une grande marque sort une collection marketée "responsable" ou "écoloé, quelle est ta première réaction ? Et comment procèdes-tu à la vérification avant d'en parler (ou pas) sur SloWeAre.com ?

À chaque fois je me dis « chouette, ça va faire parler de mode écoresponsable! », mais je me méfie de ce que le consommateur va retenir de la communication faite par la marque. Je vérifie ce que la marque entend par responsable : est-ce du bio ? De la fibre naturelle ? Du commerce équitable ?

Le top, c’est quand la marque accepte de nous rencontrer car cela prouve qu’ils sont ouverts. Notre objectif est de mettre en avant les marques dont l’écoresponsabilité est dans leur ADN, celles qui veulent changer l’industrie du textile. C’est le cas de certaines marques déjà très célèbres qui font de véritables efforts sans tentative de green washing.

Sloweare

Parlons de SloWeAre, tu as lancé le site en 2017 alors que tu avais déjà un blog sur le sujet. Qu’est-ce qui t’a poussée à créer cette plateforme et comment espères-tu la voir évoluer ?

Mon blog m’a permis de rencontrer des entrepreneurs de la mode éthique à une période où je voulais trouver un nouveau job qui ait du sens. Le plus compliqué pour moi était de choisir le moyen par lequel démocratiser la mode écoresponsable, faire que l’offre et la demande se rejoignent.

Mes études de marché me montraient que les professionnels de ce secteur manquaient de visibilité et que les consommateurs étaient en demande d’une référence qui centralise les informations et qui propose un guide des boutiques responsables. C’est ce qu’est devenu SloWeAre.com : un site d’information et de promotion de la mode écoresponsable.

Pour l’avenir, on aimerait accueillir de plus en plus de boutiques dans notre guide, et organiser des événements dans les grandes villes en région. Ces journées « Happy Wear » apportent des solutions, font découvrir des créateurs, et nous permettent d’être à la fois présents en ligne mais aussi dans le réel.

Adoptez la seule plante qui ne mourra jamais !

Quel est votre modèle économique pour SloWeAre ?

On a fait le choix d’apporter de l’information gratuitement à tous nos lecteurs et de nous rétribuer grâce à notre « guide des boutiques » qui référence créateurs, boutiques, boutiques en ligne, soins et cosmétiques. Nous sélectionnons les marques que l’on référence dans ce guide et nous conseillons celles qui ne sont pas encore en prêtes à le rejoindre mais qui aimeraient évoluer dans ce sens.

Ce référencement sur SloWeAre est payant pour les marques car on réalise un gros travail d’investigation et d’analyse de la démarche de la marque afin de vérifier qu’elle est bien en cohérence avec notre Manifeste. Grâce au guide des boutiques, les marques ont une belle visibilité et touchent une communauté de consommateurs en quête de solutions.

Eloise Moigno et Thomas Eberlé, fondateurs de Sloweare
Eloise Moigno et Thomas Eberlé, fondateurs de Sloweare

On retrouve énormément d’articles de fond sur tout ce qui touche à la mode : qui compose l’équipe SloWeAre ?

Nous sommes deux à avoir fondé SloWeAre : Thomas Ebélé [son compagnon, ndlr] et moi-même. On se partage la plupart des tâches pour faire fonctionner le site, l’actualiser et animer la communauté. Certains articles sont rédigés par des contributrices passionnées par le sujet.

À ton avis, quand la mode éthique surpassera-t-elle la fast-fashion?

Il va falloir attendre une génération au moins. Aujourd’hui, on est à la phase prise de conscience. Nous sommes nombreux à rechercher plus de bien-être dans notre quotidien et à nous tourner vers un mode de vie plus minimaliste : on comprend qu’il faut privilégier la qualité à la quantité.

L’alimentation bio se développe énormément et les clients du bio sont les premiers à questionner la mode. Les grandes marques aussi se rendent compte que les ressources terrestres sont limitées et amorcent des réflexions, des changements… C’est encore assez difficile de se mettre à fond dans la mode éthique car l’offre est limitée, mais en étant optimiste, je pense que dans cinq ans, le paysage de la mode aura déjà bien changé.

Pour tout savoir sur la mode écoresponsable, vous pouvez donc vous rendre régulièrement sur le site SloWeAre.com

Suivez SloWeAre sur les réseaux sociaux : Facebook // Instagram // Twitter.

J'espère que cette interview vous aura inspiré-e !

Partagez vos impressions avec nous dans les commentaires ci-dessous!


Lucie Paimblanc

Blogueuse engagée et gourmande. Journaliste touche-à-tout. Auteure de ce blog bienveillant qui t'aide à devenir écolo et réduire tes déchets sans douleur.

Cela pourrait vous intéresser

Privacy Preference Center