Basculer vers un mode de vie écolo, adopter des réflexes zéro-déchet, nous amène à nous tourner vers des solutions naturelles. Les huiles essentielles en font partie. Pour ma part, c’est justement grâce à ma démarche zéro-déchet que je les ai découvertes. Mais j’étais loin d’imaginer l’impact écologique qu’elles pouvaient avoir. Alors, les huiles essentielles sont-elles si écolos qu’elles en ont l’air ?

Pour répondre à cette question, j’ai choisi de laisser la parole à une experte. Manon Batista, écologue spécialisée dans l’étude des milieux naturels et herboriste en formation à l’école lyonnaise des plantes médicinales, qui partage sa passion et ses conseils pour se soigner au naturel sur son blog Melle Apothicaire. Grâce à elle, vous aurez certainement envie de repenser votre consommation d’huiles essentielles, de la repenser locale et de la revoir à baisse. Manon va nous guider vers les bons gestes écolos à adopter quand on s’intéresse à l’achat d’huiles essentielles.

Manon Batista - jedeviensecolo.fr
Manon Batista. Photo DR

Huiles essentielles : le faux-ami écolo ?

Soutenez mon travail sur Tipeee !

Vous pouvez dorénavant soutenir mon travail sur « Je deviens écolo » (blog, YouTube, réseaux sociaux, newsletter, fiches pratiques…) en faisant un don d’argent via la plateforme Tipeee. Que ce soit pour me remercier pour cet article ou d’autres contenus que j’ai déjà créés et publiés, vous pouvez donner ponctuellement ou chaque mois (comme pour un abonnement à un média) le montant que vous voulez. C’est très simple, rendez-vous sur ma page Tipeee. Merci !

Par Manon Batista, Melle Apothicaire.

Si tu utilises régulièrement des huiles essentielles pour te soigner, te détendre ou confectionner tes produits maison, tu dois sûrement penser comme beaucoup que leur usage s’accorde parfaitement avec une démarche de vie plus naturelle et écologique. Normal, c’est toujours mieux que tous ces parfums chimiques et ces médicaments de synthèse, n’est-ce pas?

Et pourtant… l’industrie des plantes aromatiques et médicinales n’est pas aussi verte que tu l’imagines. Alors que le mode de vie « bio, bobo, écolo » a le vent en poupe jusque sur les réseaux sociaux, la production mondiale d’huiles essentielles a explosé ces dix dernières années. Une réalité économique qui n’est pas sans conséquences écologiques.

Un champ de roses pour 1 kg d’huiles essentielles

Pour rappel, les huiles essentielles sont des extraits végétaux issus de la distillation ou de l’extraction mécanique des composés aromatiques présents dans une plante. Elles peuvent être extraites soit de la fleur, de la feuille, de l’écorce, de la graine ou encore de la racine selon la plante productrice utilisée.

Lors de l’extraction, seules les molécules les plus volatiles entraînées par la vapeur d’eau sont récoltées. Les molécules les plus lourdes restent quant-à elles au fond de l’alambic.

Le rendement d’une huile essentielle est variable selon les espèces mais nécessite globalement une très grande quantité de matière première végétale.

Par exemple, pour obtenir 1 kg d’huile essentielle, il faudra utiliser :

  • 7 kg de boutons floraux de giroflier ;
  • 150 kg de sommités fleuries de lavande vraie ;
  • L’écorce de 2000 oranges douces ;
  • Jusqu’à 4000 kg de pétales de rose de Damas (soit un champ entier !).

Et c’est sans parler des modes de production agricole intensifs, du pillage des écosystèmes par la cueillette sauvage, ou encore de l’importation massive d’huiles essentielles en provenance de pays où la main d’œuvre n’est pas chère et les conditions de travail ne sont pas maîtrisées.

Huiles essentielles : le faux-ami écolo ? - jedeviensecolo.fr
À privilégier : les huiles essentielles françaises et bio.

Comment choisir une huile essentielle écoresponsable ?

Prenons l’exemple de l’huile essentielle de lavande fine. Selon qu’elle est fabriquée en Bulgarie ou en Provence, en bio ou en conventionnel, les flacons n’auront pas le même impact écologique et humain. Ajoutons que l’huile essentielle récoltée n’aura pas non plus les mêmes qualités thérapeutiques, ni le même coût à l’achat pour le consommateur.

Pour les huiles essentielles, on vérifie l’adage selon lequel plus c’est cher, plus c’est qualitatif (et moins on en utilise !).

Les usages à bannir

Saviez-vous que pour fabriquer un seul savon à froid de 100 g, vous aurez besoin de 120 gouttes d’huile ? Et pour une bougie de 90 g, on monte à 360 gouttes, c’est près de 72 fois le nombre de gouttes nécessaires dans un diffuseur.

Comment faire ? Pour ma part, j’ai banni les huiles essentielles de mes fabrications maison de savon, bougies, lessive et autres produits que j’aimais parfumer. Je les réserve uniquement à un usage thérapeutique.

Remplacer les HE dans les produits faits-maison

→ Ne pas parfumer ses produits maison

C’est tout bête, mais finalement, pourquoi pas ? Pourquoi vouloir absolument masquer l’odeur si typique du vrai savon de Marseille, du savon noir à l’huile d’olive et du vinaigre blanc ? Et après tout, est-ce absolument indispensable que ta lessive sente la lavande ou l’eucalyptus ?

Utiliser des fragrances naturelles, extraits aromatiques ou absolues de plantes

Si tu souhaites malgré tout parfumer tes créations maisons d’une odeur agréable plus prononcée, il te reste toujours la possibilité d’utiliser des fragrances naturelles ou des extraits de plantes. Mieux adaptées à un usage cosmétique, ces fragrances sont exemptes de toxicité et sont plus souples à l’usage que les huiles essentielles.

→ Connaissez-vous les hydrolats ?

Moins concentrées en molécules actives que les huiles essentielles, les hydrolats présentent en revanche les mêmes propriétés médicinales. Ils sont parfaits pour remplacer l’eau de source dans tes lotions et tes crèmes maisons, tout en ajoutant le parfum de la plante.

Huiles essentielles : le faux-ami écolo ? - jedeviensecolo.fr

Les 3 commandements du consom’acteur d’huiles essentielles

1 - Privilégier le local, bio et les petits producteurs

En premier lieu, choisis une huile essentielle de culture biologique et d’origine française ou européenne. Ces deux indications sont écrites sur le contenant. Ainsi, ton achat favorisera le maintien d’une agriculture paysanne durable et locale, respectueuse de l’environnement et de l’humain. En France métropolitaine et en Corse, on produit 29 HE, le reste est issu de plantes exotiques qui ne poussent pas chez nous.

Si tu veux te fournir en huile essentielle bio de bonne qualité, il existe plusieurs possibilités : t’orienter vers les laboratoires spécialisés en aromathérapie, les distilleries artisanales ou les petits producteurs locaux. En France, il en existe plusieurs que j’ai commencé à lister dans cet annuaire.

2. Pour les HE exotiques : du bio et pas de plantes sauvages

En ce qui concerne les huiles essentielles qui viennent de loin, achète-les toujours en bio. Difficile de connaître les conditions de travail des producteurs.

Important : évite les huiles essentielles issues de la récolte sauvage, en particulier dans les pays d’Europe de l’est où les milieux naturels sont actuellement pillés par la cueillette massive des plantes médicinales, fragilisant la flore locale.

Huiles essentielles : le faux-ami écolo ? - jedeviensecolo.fr
Recherchez le logo AB

3. Réserver les huiles essentielles à un usage thérapeutique

Je te conseille surtout d’utiliser les huiles essentielles pour ce qu’elles savent faire de mieux : te soigner !

Les huiles essentielles sont composées d’un cocktail explosif de molécules chimiques aux propriétés très puissantes. Elles sont d’ailleurs si concentrées et efficaces à faible doses qu’elles peuvent même présenter des risques lorsqu’elles sont mal utilisées : toujours lire les précautions d’utilisation et se baser sur des recommandations fiable pour les doser.

Merci à Manon Batista pour cet article. Pour aller plus loin, je vous recommande de lire son article sur les dangers des huiles essentielles : quels sont les risques et comment les éviter, publié sur son blog.

Retrouvez-la sur Instagram @melleapothicaire, et posez-lui vos questions dans les commentaires si l’article vous en a inspiré !


Lucie Paimblanc

Blogueuse engagée et gourmande. Journaliste touche-à-tout. Auteure de ce blog bienveillant qui t'aide à devenir écolo et réduire tes déchets sans douleur.

Cela pourrait vous intéresser

Privacy Preference Center