Le 4 octobre 2019 naissait une nouvelle version de moi-même. J’étais devenue maman. D’une seconde à l’autre, après des heures de travail et 45 minutes de poussées, mon bébé est apparu. J’avais trop de larmes de joie dans les yeux pour la voir quand Sébastien l’a posée sur moi en s’exclamant : « Elle est belle ! Elle est belle ! » En ce 5 octobre 2020, Sainte-Fleur et donc Sainte-Hortense, j’ai besoin de déposer à l’écrit mes souvenirs de ce moment incroyable que fut la naissance que j’ai donné à ma fille. J’espère que ce partage d’expérience enrichira vos connaissances sur la naissance et pourra d’une manière ou d’une autre être utile à mes lectrices et lecteurs.

Jeudi 3 octobre 2019

Les premières contractions arrivent vers 20h. Seb me fait couler un bain. Ça fait drôle d’aller prendre un bain, je n’ai pas fait ça depuis des années ! Je sens mon cerveau écolo qui résiste, je lui demande de se taire, c’est pas le moment de refuser ce bain.

Les contractions s’intensifient rapidement. À 22h, j’appelle la maternité et on se prépare pour descendre à la voiture. Sur le parking, on se rend compte qu’on a oublié de prendre les documents du suivi, Seb remonte. La poche des eaux se fissure, je commence à perdre les eaux, seule dans le noir à côté de la voiture. C’est con mais je me sens perdue et abandonnée, j’ai peur de salir la voiture, je pleure.

Il revient et me voit toute chamboulée, mais lui est super heureux de cette nouvelle car bébé arrive ! Je le convainc de mettre une serviette sur mon siège avant de m’assoir. « On s’en fiche ! », « Si si vas-y, sinon on va le regretter après ».

Je ne suis plus seule, ça va mieux. Je me sens plus que jamais connectée à Seb et j’ai énormément besoin de sa présence. On part à la maternité. Je vois que les eaux que je perds lentement sont teintées, elles tirent sur le marron, ça veut dire que bébé a fait des selles. La sage-femme qui nous accueille me propose de m’ausculter, j’accepte pour savoir où le col en est. Les contractions sont déjà bien intenses mais le col n’est qu’à peine ouvert.

On part en salle de travail

On a de la chance, on a la grande salle avec la piscine la baignoire. La sage-femme qui nous accueille lit notre projet de naissance, tout est ok pour elle. On met une lumière douce, un peu de musique d’ambiance et c’est parti pour le travail d’équipe entre Seb et moi. On se remémore les conseils de notre doula et de notre sage-femme pour accompagner les vagues d’intensité en exerçant une pression soit sur mes genoux, soit en bas du dos.

Je me sens dans un autre monde, j’ai du mal à ouvrir les yeux et à parler. Je marmonne que j’ai soif ou que la vague d’intensité revient… À chaque contraction, Seb exerce une pression sur mes genoux où en bas du dos pour m’aider à soulager mon ressenti. J’ai l’impression que c’est presque plus sportif pour lui que pour moi. Il a à peine le temps de se reposer entre les contractions et ça lui tire pas mal dans les bras.

L’intensité des contractions est si forte qu’elles me font rapidement vomir. Je vais passer plusieurs heures le ventre vide, mais de toutes façons mon corps ne semble rien tolérer d’autre que l’eau.

Dans ma salle de naissance, j’étais toute nue. Je m’étais longtemps demandé comment ça allait se passer, je crois que j’avais prévu un maillot de bain mais sur le moment, ça m’a semblé inutile pour aller dans l’eau. J’étais tellement dans mon espace temps à moi que ce détail ne m’importait plus du tout.

Et après 7h30 de travail...

On a accompagné les contractions qui s’enchaînaient toute les deux minutes jusqu’à 3h30 dans la nuit. Seb était fatigué, il avait faim, je le trouvais tellement génial de m’accompagner comme ça, et je le voyais faiblir. Il ne bénéficiait pas de toutes les hormones qui me maintenaient éveillée et en forme pour me permettre de donner la vie. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’on doit se sentir vite impuissant quand on voit sa partenaire emportée par les contractions. Je me suis souvent dit pendant l’accouchement que je préférais être à ma place qu’à la sienne (et je trouvais ça bizarre).

Vers 3h, la sage-femme vient nous voir, j’en profite pour lui demander d’estimer l’ouverture de mon col. Le col s’ouvre très lentement. L’accouchement que j’imaginais pour le petit matin aurait lieu bien plus tard. Je suis presque à bout de force, je sens qu’on a besoin de récupérer pour tenir dans la durée. Je demande la péridurale qui m’est administrée vers 3h45 avec beaucoup de délicatesse, je n’ai aucun regret ou déception envers moi-même. Je me félicite et me réjouis de ces heures passées à accompagner les contractions, c’était fort pour notre couple !

... Repos

Maintenant, on peut se reposer. Seb dort sur le fauteuil, je m’allonge sur le lit. Je ne parviens pas à dormir, je pense beaucoup -sereinement- aux prochaines heures. À aucun moment je n’ai été impatiente de voir ma fille naître, j’ai toujours accepté le rythme qu’elle s’est choisi. J’ai goûté à chaque instant et c’était bon de vivre ce moment de douceur dans cette maternité.

Au petit matin, Seb s’est réveillé et est sorti s’acheter des clubs sandwichs à la machine (le pauvre!). Un ou deux jours plus tard, il m’a raconté son petit moment éternel à lui, celui qu’il a pris le temps de vivre pour se souvenir à jamais de cette nuit magique. Il a regardé par la fenêtre la lune briller et écouté le silence de la nuit en se promettant de se souvenir de cela.

récit de mon accouchement respecté à la maternité
Le peau à peau est plein de vertus

Retournement de situation

À 7h, l’équipe de nuit laisse place à une équipe de jour. Ma sage-femme Lucie est remplacée par Matthieu, un homme sage-femme tout aussi doux et sympathique. On va passer la matinée à donner la place à Hortense de prendre la bonne position dans mon ventre.

Les événements sont assez flous pour moi. J’ai souvenir d’être restée assise au bord du lit, puis allongée sur le côté pour l’aider à se retourner. J’ai souvenir d’avoir eu des douleurs incroyables dans le bas du dos et le sacrum, du genre qui te donne envie d’aller aux toilettes mais là tu sais très bien que ce n’est pas la vraie raison de ces douleurs. Je demande à ma sage-femme de renforcer la péridurale car je me sens à deux doigts de tourner de l’oeil.

13h et toujours pas de naissance à l’horizon. C’est l’heure à laquelle le train de ma mère arrive en gare de Toulouse. J’ai eu du nez quand je lui ai dit de ne pas arriver avant la date de mon terme ; tu vois maman, j’ai finalement accouché 3 jours plus tard !

J'étais redevenue un animal

Le travail de naissance a commencé vers 14h et a duré 45 mn. Il a été intense, très intense, mais la magie qui s’en est suivie était d’autant plus grande.

C’était un putain de travail d’équipe. Je n’avais plus de cortex préfrontal pour me dire comment une femme de 30 ans en 2019 devait accoucher pour être socialement respectable, plus de barrière, plus de limites, j’étais redevenue un animal, connectée à mon corps et à la lignée des femmes. Je pensais à celles qui l’ont fait avant moi et ça me donnait une force incroyable pour pousser malgré les sensations très douloureuses sur le col de l’utérus.

Durant la naissance il faut pousser en même temps que l’on ressent les contractions, c’est exactement l’inverse de ce qu’on fait pendant le travail. Il m’a fallu un petit temps pour m’habituer à ce changement. Et puis la puissance de la poussée aussi ! Je n’aurais jamais imaginé avoir cette force, cette puissance en moi. Encouragée par mon mec, la sage-femme et l’auxiliaire de puériculture (qui sont passé au tutoiement pour l’occasion, ce qui était carrément bienvenue), je poussais de toutes mes forces et au-delà. En donnant naissance, j’ai vu que j’étais capable de faire quelque chose qui pouvait me sembler impossible. Tellement puissant !

Vendredi 4 octobre 2019 à 14h43

J’ai beaucoup aimé quand la sage-femme a dit « allez, on va tout faire pour ne pas avoir à appeler la gynéco », ça m’a presque fait rire et ça m’a bien encouragée à pousser encore plus fort. Finalement, la gynéco est venue avec sa ventouse pour aider Hortense à trouver la sortie car le processus était bien engagé mais un peu long d’un point de vue médical. Ultra respectueuse et douce, elle m’a dit une phrase que je n’oublierai pas : « madame, je vais mettre une ventouse sur la tête de votre fille pour l’aider à se diriger, mais c’est vous qui faites tout le travail, c’est vous qui accouchez ».

L’autre phrase que j’ai moins aimé c’est le « je risque d’avoir besoin de faire une petite épisiotomie », j’ai viré livide je pense. Heureusement, le besoin ne s’est pas présenté, j’ai eu une petite déchirure de la peau qui s’est vite réparée dans les jours suivants.

Très vite après l’intervention de la gynéco, j’ai donné naissance à Hortense, ce 4 octobre 2019 à 14h43.

Les deux premières heures

Sébastien l’a posée sur moi en s’exclamant « Elle est belle ! Elle est belle ! »

Je pleurais tellement fort de joie et de bonheur que je n’y voyais rien. J’ai profité de l’instant, on avait deux heures à nous trois dans cette salle de naissance. Deux heures de peau à peau sur sa maman puis sur son papa avant de rejoindre la chambre de la maternité (où on a continué le peau à peau la majeure partie du temps).

Souvent, on se remémore ces 18 heures extraordinaires qu’on a vécues et on ne peut pas s’empêcher de pleurer. Merci la vie !

récit de mon accouchement respecté à la maternité
Dans la chambre de la maternité

À propos de notre accompagnement durant la grossesse

Je suis convaincue qu’une naissance respectée et bien vécue commence par un bon accompagnement des futurs parents durant la grossesse. Cela permet de nous informer sur ce qui nous attend très concrètement, quel rôle le partenaire peut jouer durant le travail et l’accouchement, quels sont nos droits, les limites que l’on peut poser au corps médical, mais aussi de comprendre le fonctionnement du corps, du rôle des hormones et des contractions. Tout cela permet de créer un accouchement à son image, selon vos volontés (hors période de restrictions telles que le Covid 19 l’impose).

Pour préparer cette naissance, nous avons fait appel aux conseils de :


Lucie Paimblanc

Blogueuse engagée et gourmande. Journaliste touche-à-tout. Auteure de ce blog bienveillant qui t'aide à devenir écolo et réduire tes déchets sans douleur.

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