Plutôt que de répondre aux questions prédéfinies d’un Tag ou des Liebters Awards auxquels Un Amour au Naturel m’avait gentiment nommée, j’ai souhaité répondre à des questions venant de vous, que vous avez pu me poser sur Facebook et Instagram. Je trouvais légitime de pouvoir apporter des éclairages à des questionnements que vous pouvez avoir sur mon quotidien, mon travail, mon regard sur la consommation de viande ou encore savoir si mon entourage a bien réagi à mon revirement écolo. Merci beaucoup à toutes celles et ceux qui se sont pris au jeu, et c’est parti pour ce premier questions / réponses entre vous et moi !

« Comment es-tu devenue écolo? Comment ça s’est passé avec ton chéri? » (@caramel.green)
« Quel a été ton déclic pour te lancer dans cette démarche éco-responsable ? » (Mélanie)

J’étais déjà assez écolo dans mon mode de vie avant de devenir zéro-déchet : je mangeais peu de viande, m’achetais très rarement des vêtements et ne fréquentais pas les enseignes les plus célèbres, je mangeais bio, local, saisonniers, me préparais ma lunchbox, et j’avais même commencé à composter en appartement. Je suis devenue zéro-déchet en février 2016 après avoir regardé plusieurs témoignages vidéos de Lauren Singer et Béa Johnson, et après avoir vu d’autres reportages vidéos sur les continents de plastiques, les dégâts sur les animaux et oiseaux marins. Mon déclic est survenu d’un dégoût pour ce que les hommes infligent au reste des êtres vivants en consommant à outrance et en jetant avec insouciance.

Seb, mon compagnon, a pris lui aussi le tournant du zéro-déchet mais avec moins de zèle. Son relativisme m’a permis de calmer mon extrémisme des débuts, et c’est mieux ainsi. Je vivais très mal les intrusions de plastique dans ma vie, et je me souviens être allée dans un magasin de produits locaux que j’aime beaucoup pour son choix qualitatif et avoir été déprimée par la large présence du plastique… Finalement, on se recentre sur ce que l’un et l’autre pouvons faire, et nous acceptons de ne pas être parfaits. Mais j’ai la chance que Seb ne m’ait jamais trouvée folle ou décalée avec mes actions. On est toujours en phase et il m’aide beaucoup à avancer, tout comme je le fait évoluer dans sa consommation 🙂

Mon shopping beauté au naturel :

« Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours scolaire et professionnel ? » (@Melapprentea)
« J’aimerais savoir quel métier tu fais et s’il est en accord avec tes convictions  » (@lauu_happiness)

J’ai suivi un parcours littéraire au lycée (Fontainebleau), j’ai poursuivi à la fac (Nanterre) avec une licence en langues étrangères appliquées. Je suis fondamentalement une personne multi-passionnée et les langues étrangères m’ont toujours énormément plu. Gamine, je rêvais d’être née Anglaise, plus tard, je me disais que si un génie m’offrait de réaliser un seul voeu, je choisirais de parler toutes les langues du monde, en particulier celles qui ne sont quasiment plus usitées et qui voient leur population décliner… Bref, j’ai appris l’anglais, l’allemand (LV2) puis le chinois (LV3) au lycée et à la fac (j’en fais encore aujourd’hui grâce à l’association Tchin-Tchine à Toulouse).

J’ai passé un semestre d’études en Chine, à Chengdu, la capitale du Sichuan. A l’époque, je disais que j’avais trois passions : la Chine, la cuisine et le journalisme. Je savais depuis la 3e ou la 2nd que j’allais devenir journaliste car c’était plus qu’une volonté pour moi, c’était ma vocation. Mon idée originelle était de partir en Chine après avoir obtenu mon diplôme de journaliste et de réaliser là-bas des documentaires vidéos auprès de populations chinoises reculées, car à l’époque, on parlait en France de la croissance à deux chiffres du PIB chinois, de la pollution à Pékin et de l’argent à se faire à Shanghai, mais du reste de la Chine, les Français ne savaient rien.

J’ai donc fait trois ans d’études supplémentaires dans l’Ecole de journalisme de Toulouse dont je suis sortie diplômée en 2014 alors que je travaillais depuis un an déjà pour le quotidien local. J’ai rejoint La Dépêche du Midi après l’été 2013 pour faire partie de l’équipe fondatrice du pôle vidéo (diffusion sur le web). Pendant trois ans, j’ai réalisé chaque jour des reportages vidéos dans la région Midi-Pyrénées et présenté (à tour de rôle avec mes collègues) le Flash Info. Ça a été une très belle expérience, entourée de personnes motivées et efficaces. Mais la lassitude du poste, mes envies de journalisme engagé, de parler de ce qui m’intéresse, ce qui pour moi nécessite d’attention des médias, a pris le pas.

J’ai donc quitté le journal (mon employeur a gentiment accepté une rupture conventionnelle pour que je puisse toucher le chômage) en septembre 2016 et me suis lancée dans une investigation de moi-même. De quoi ai-je envie ? De quoi suis-je capable aujourd’hui ? Je vous épargne les détails de ces mois de doutes, d’angoisse palpable et de travail sur moi-même, j’en suis aujourd’hui au stade de journaliste indépendante et entrepreneure. J’ai listé ce que je sais faire et me suis lancée dedans à différents niveaux : journalisme écrit (pour le Journal Toulousain) et vidéo (JRI) (pour l’AFP) d’un côté, et créative indépendante de l’autre : photographe, vidéaste, rédactrice, community manager.

J’ai également engagé la monétisation progressive de mon blog, mais j’y reviendrai dans une question plus bas. Je me suis écoutée (je sais difficilement faire autrement, même s’il en coûte d’être ric-rac certains mois) pour dessiner mon avenir professionnel ; et je suis heureuse de dire que mon (mes ?) métier est, aujourd’hui, en accord avec mes convictions, et même qu’il les défend !

« Comment faites-vous pour être zéro-déchet au boulot? » (Damien)

Merci Damien pour cette question car quand on est zéro-déchet depuis plusieurs mois, on ne se rend parfois plus compte du challenge qu’implique un geste écolo ou un autre. Derrière chaque habitude se cachent des idées subjectives héritées de notre passé personnel et de conceptions subconscientes. Il faut parfois faire preuve de beaucoup de courage pour changer une habitude qui n’a l’air de rien. Prenez la serviette de table : il faudra braver l’a priori du « j’aurai l’air con avec ma serviette devant les collègues, à la cantine ».

Eh bien, j’avais choisi en 2016 (quand je travaillais encore en entreprise) de non seulement continuer à amener ma gamelle de repas VG préparés à la maison, mais en plus de venir avec ma propre serviette de table en tissu et d’utiliser mon verre à eau à la machine à café plutôt qu’une tasse en carton. Chaque jour, je bravais ma peur du regard des autres, de leurs moqueries, de leur jugement… Et je ne regrette rien. Pour compléter la panoplie, je m’amenais toujours un fruit en cas de fringale l’après-midi, une gourde pour boire l’eau et j’avais sur place un verre pour boire du café ou de l’eau (ou le prêter à une collègue tête en l’air).

Adoptez la seule plante qui ne mourra jamais !

« Comment gères-tu le temps entre ton métier et tes 2 blogs ? As-tu pour projet de vraiment « professionnaliser » ton blog (ou les deux)? » (Mélanie)

Auparavant, j’écrivais soirs et week-ends (avec un blog, ça va mais avec deux, ça laisse peu de temps pour soi), ce rythme est un peu fatiguant et laisse peu de temps pour faire autre chose que de l’écran. Aujourd’hui, j’ai intégré le développement de mes blogs à ma stratégie d’entreprise. J’ai très peu de contenus sponsorisés et mon objectif n’est pas d’en mettre partout mais bien de fournir du contenu de qualité, avec une approche journalistique sur les sujets complexes qui le méritent. Je souhaite pouvoir travailler avec les entreprises qui sont en phases avec mes valeurs, c’est pourquoi je m’ouvre aux articles sponsorisés et autres formes de partenariats qui me permettent de continuer à créer des contenus que j’aime tout en étant rémunérée pour. En parallèle, j’écris pour un média, fais des journées de tournage et montage vidéo pour un autre, et je développe en moi plusieurs idées de contenus qui prennent parfois du temps mais que je rêve de finaliser.

Alors, comment est-ce que je m’organise ? Etant indépendante, j’ai la liberté de choisir comment gérer mon temps. Pour cela, je pare d’abord au plus urgent, et je suis, pour le reste, mon humeur créative. Par exemple, si je n’ai pas l’inspiration pour écrire tel article, je vais me pencher sur un autre, ou retoucher des photos ou encore traiter des mails, voire faire du jardinage ou carrément faire un tour à vélo. Contrairement aux apparences, l’entrepreneuriat est un monde très solitaire qui exige une grande autonomie et de l’auto-discipline. J’ai en moi ce besoin de mener plusieurs projets pour être efficace, mais j’apprends aussi à m’en méfier pour ne pas être sur trop de terrains et me perdre au moment de la réalisation. C’est une gymnastique quotidienne qui me donne beaucoup de stress mais j’ai au fond du coeur la persuasion que je vais y arriver car je fais ce que j’aime.

« Moi je lutte au quotidien pour éviter les déchets sauf que malgré moi il y en a partout… en faisant les courses au drive n’en parlons pas. Comment faire le zéro-déchet sans forcément aller que dans un magasin bio ? J’aimerais aussi éviter les grandes chaînes. Quel est l’objet indispensable des courses? »

Durant mes vacances, il m’arrive d’aller dans un supermarché parce que j’ai pas d’autre choix. Impossible d’être zéro-déchet là-bas, et si l’on pousse la réflexion, le zéro-déchet incite à revenir aux circuits courts et à nourrir les producteurs directement sans engraisser des filières de distributions.

Que ce soit dans l’idéologie comme dans la pratique, les façons de consommer zéro-déchet sont d’aller sur les marchés de producteurs avec un grand panier, quelques sacs en tissus et des boîtes (pour viandes et fromages), dans les magasins de producteurs (voire directement chez le producteur quand cela est possible), magasins de vrac, boutiques spécialisées (une brûlerie pour le café, un fromager, un boucher, etc.), et pourquoi pas de s’inscrire dans une Ruche et/ou dans une Amap, ou un autre réseau de distribution de paniers de légumes sans abonnement.

Je te conseille de prendre le temps de regarder autour de toi ce qu’il existe, d’essayer une fois ou deux La ruche qui dit oui ! ou l’Amap pour trouver ce qui te convient le mieux. Ensuite, tu pourras compléter en allant chez les artisans et boutiques de vrac, Biocoop, etc. A toi de t’accorder le temps nécessaire pour trouver les adresses et le rythme d’achats qui te conviennent 🙂

« Je me demandais quelles sont les adresses sympas pour se poser (café, restaurant,…), qui bien sûr ont une réflexion sur la gestion de leurs déchets et la qualité de leurs produits. J’habite aussi à Toulouse » (Marine)

Hello Marine ! Cette question rejoint un de mes projets de e-books que je rêve d’avoir de prendre le temps d’écrire depuis des mois : Mes bonnes adresses « green » à Toulouse (titre à retravailler ;p). Je vais te citer mes adresses engagées favorites et je t’invite aussi à consulter la rubrique Restaurants du blog où j’en référence de nombreuses : Les Façonniers, Sovaga, L’Anartiste, Chez Végétayelle & Snack Vegan, Le vélo sentimental, Délù… N’hésite pas à me laisser un petit mot sous cet article quand tu auras testé pour me dire ce que tu en penses 🙂

« Je me demande quelle est ta position sur le végétarisme ? » (Marie)

Je me renseigne depuis plusieurs années sur le végétarisme et le végétalisme qui m’intéressent pour deux raisons : je ne suis pas une férue de viande, et j’aime écouter les arguments des personnes qui pensent différemment de la masse. Par ailleurs, ces deux régimes ont des défenseurs de talent (ex : Ophélie Véron, Alice d’Au vert avec Lili, etc.) qui vantent les bienfaits de l’adoption d’un de ces régimes sur la santé des humains, de la planète et sur celle des animaux.

J’ai de la chance, j’ai découvert la philosophie végane à travers ces personnes très documentées, convaincues et accessibles aux omnivores. Quand je sors de ma sphère internet et que j’aborde le sujet avec famille ou amis, je m’aperçois que le végétalisme est vivement remis en cause pour le déséquilibre alimentaire qu’il provoquerait.

Ce n’est pas mon avis : je suis convaincue que l’on peut être végétalien et avoir une alimentation équilibrée, mais que cela requiert de solides connaissances en nutrition (que l’on n’a malheureusement pas en allant à l’école). Cependant, le végétalisme a pour moi le défaut de moins permettre à la personne de manger local et de saison.

Le végétarisme quant à lui semble arriver au terme de son chemin de croix en France. On ne croise plus trop de Français qui s’imaginent qu’un non-mangeur de viande est maigre et carencé. C’est un régime alimentaire qui me séduit et je me suis souvent demandée si je n’allais pas finir par basculer, en particulier après avoir lu deux livres de Jean-Jacques Cusin : To bio or not to bio et 10 bonnes raisons + 1 de devenir végétarien qui ont fini de me convaincre que le végétarisme était une voie simple vers la protection de l’environnement, pour vivre en meilleure santé, et respecter les animaux.

En 2016, j’ai fait le test durant « Un mois sans viande » (et peu de poisson), que j’ai réitéré tant ça m’avait plu et avait été facile. Aujourd’hui, j’ai des blocages personnels qui m’empêchent de me lancer mais peut-être que cela viendra, en tous cas je consomme de la viande locale et fermière une à deux fois par semaine. Je m’inspire du végétalisme et du végétarisme pour composer des repas équilibrés et avec le moins possible d’aliments issus des animaux.

Mais je crois au flexitarisme : une faible consommation de viande pour tous les omnivores. Cela incite forcément à la choisir de bonne qualité et pousserait aussi les producteurs à améliorer leurs méthodes. Je vais terminer ma réponse en ajoutant que je visite depuis des années des exploitations pour connaître les réalités du métier. Il existe des gens qui sont exemplaires, qui aiment leurs animaux et qui aiment leur métier -loin d’être facile. J’aime valoriser leur travail, croire qu’ils seront de plus en plus nombreux dans ce cas et que les grands élevages inhumains fermeront, eux, leurs portes.

« Que penses-tu du vrac en grandes surfaces et du vrac dans les magasins écolo style Bio..p ? » (Karine)

Bonne question ! J’ai du mal à avoir un avis tranché sur le vrac de supermarché. Je n’y vais jamais (sauf pendant les vacances si besoin) et la minuscule taille du rayon vrac qui paraît peu fréquenté me laisse penser qu’il est plus là pour l’intérêt marketing, « ça va attirer les bobo qui mangent bio » que pour l’intérêt zéro-déchet. Maintenant que le mouvement zéro-déchet est en plein essor avec les magasins de vrac qui ouvrent dans toutes les grandes villes de France, je pense que les supermarchés ne vont pas tarder à élargir leur gamme de vrac et surfer sur la tendance (ce qui me fait penser qu’un petit Casino a rouvert après travaux avec un micro rayon de vrac à l’entrée du magasin, comme quoi c’est la mode !). En bref, ça peut dépanner mais ce n’est pas du tout une référence. En ce qui concerne Biocoop, leur rayon vrac me convient même si je ne m’y sers plus. Je vais chez Ceci & Cela qui vend du vrac local, alors que chez Biocoop, les achats sont centralisés et ne proviennent pas de ma région. J’aimerais que Biocoop soit plus attentif à la provenance des ses produits mais je me doute que c’est impossible de commander d’énormes quantités à de petits producteurs.

« Comment ton entourage perçoit-il ta démarche écologique ? Sont-ils du même avis, te soutiennent-ils ? Te retrouves-tu face à des personnes ultra réticentes qui iraient même jusqu’à te critiquer ? » (Mélanie)

Amoureux, famille et amis sont tout simplement super ! Je ne me suis jamais ramenée avec mes gros sabots pour dire combien ma manière de faire est mieux que la leur, et je pense que ça joue beaucoup sur la bonne entente générale. En plus, ils peuvent suivre sur mon blog mes idées et mes astuces et savent donc (s’ils veulent l’entendre) comment je dirige mes choix de consommation. Les parents de Seb sont très enthousiastes et on parle à chaque fois du zéro-déchet. Ils s’excusent toujours de leurs achats emballés et je leur redis qu’ils n’ont pas à se justifier auprès de moi tout en leur glissant une astuce de temps en temps. Mes parents sont eux aussi d’un grand soutien, et ils étaient hyper fiers que je lance une brosse à dents en bambou avec J’aime mes dents et l’ont tout de suite commandée 😀 Mes potes sont tous plus ou moins au courant et parfois on me demande si je fais toujours le zéro-déchet. Ça m’amuse car je ne vois pas comment ni pourquoi je reviendrais en arrière ! Dans tous les cas, c’est super et je suis heureuse de constater que plusieurs personnes dans mon entourage lisent mon blog et l’apprécient car il les aide vraiment. Ça, c’est le meilleur moteur pour continuer à y écrire !

 

« Pour toi, quelle est la meilleure manière de sensibiliser les citoyens aux enjeux écologiques? » (Mélanie)

Ce qui me parle et me donne envie d’agir, c’est la compréhension d’un phénomène et la démonstration qu’en faisant de petits changements à notre échelle individuelle, cela a un impact à effet boule de neige. On peut utiliser l’humour comme Professeur Feuillage, le témoignage individuel comme nous blogueuses ou encore des jeux ludiques, des livres instructifs ou méthodiques… Je pense que la meilleure manière de sensibiliser son entourage à la protection de l’environnement est de montrer que l’on est encore plus heureux lorsque l’on vit dans le respect de la nature, avec plus de simplicité, en pensant aux autres, à l’avenir qui découlera de nos choix de consommateur, à notre planète qui nous accueille. Une partie des hommes a choisi de la piller pour des raisons cupides et court-termistes, mais quand on regarde l’Histoire, la dégradation infligée par l’homme est sommes toutes très récente, nous pouvons donc facilement piocher dans le passé des solutions alternatives, et faire appel à l’inventivité humaine pour continuer à vivre sur cette planète Terre sans la détruire. C’est une forme de fraternité.

 

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Lucie Paimblanc

Blogueuse engagée et gourmande. Journaliste touche-à-tout. Auteure de ce blog bienveillant qui t'aide à devenir écolo et réduire tes déchets sans douleur.

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