Vous l’avez sûrement remarqué: la savonnette n’est plus la star de nos salles de bain. En quelques années, nous avons quasiment radié un produit d’hygiène historique pour les beaux yeux de la nouveauté. Sur le rebord de la baignoire on trouve désormais -au bas mots- un gel douche et un shampoing, contenus dans des emballages plastiques. Qui finissent où? A la poubelle.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi on utilisait moins voire plus du tout de savon ? Est-ce que tous les savons laissent vraiment une sensation de peau qui tiraille ? Est-ce que les gels douche sont plus performants que la bonne vieille savonnette ? Je me suis posé ces questions et bien d’autres. Alors j’ai enquêté!

En 2015, j’ai rencontré une artisan savonnière toulousaine qui ne fait QUE de la saponification à froid. Émeline Morales m’a expliqué pourquoi et m’a convertie au point que je n’utilise plus de gel douche ni de shampoing liquide, je me contente avec bonheur de ses produits Moé : un shampoing solide (en forme de savon) et un ou deux savons pour le visage et le corps. Émeline est chimiste de formation, devenue savonnière suite à une rencontre avec une artisan savionnière qui lui a justement appris à fabriquer les savons à froid.

Grâce aux réponses d’Émeline, vous allez comprendre les différences entre le savon à froid, le savon à chaud et le gel douche. De quoi vous permettre de faire des choix de consom’acteurs bien informés! 🙂

Adoptez la seule plante qui ne mourra jamais !

Quelle est l’histoire du savon?

Ce sont les Arabes qui, autour du IIe siècle avant J.-C., ont les premiers découvert ce qui deviendra la formulation chimique du savon solide: un mélange de cendres de plantes maritimes (de la soude) et un corps gras. Mais les premières origines du savon remonteraient au Ve siècle avant J.-C.! A cette époque, les hommes utilisaient des plantes (la saponaire, en Europe) ou des poudres minérales et de l’eau claire pour se laver. Les Sumériens (vers -2500, dans l’actuelle Syrie), fabriquaient une pâte savonneuse à base d’huile et de carbonate de potassium.

Sous l’Antiquité, les Egyptiens utilisaient ce même type de détergent pour laver leur linge ou soigner des maladies de peau. Les Germains et les Gaulois se servaient du savon pour éclaircir et colorer leurs cheveux, et les élégantes romaines ne tardèrent pas à l’adopter. A Rome, la pâte savonneuse venue de Gaule et de Germanie était employée comme remède jusqu’au IIe siècle après J.-C., où les Romains commencèrent à l’utiliser pour se laver. C’est à peu près à cette période que les Arabes découvrirent la formule du savon solide.

Dès lors, le savon est fabriqué à plus grande échelle et s’exporte. Le port de Marseille devient le principal centre de transit de savon et d’autres matières premières et parfums utilisés pour sa fabrication. Les première savonneries s’installent à Marseille au IXe siècle et fabriquent un savon particulièrement doux à base d’huile d’olive et non plus de graisse animale, vendu sous l’appellation « Savon de Marseille ».

Au Moyen-Âge, le savon est cher et les épidémies successives qui font des ravages au sein de la population font par la même occasion fuir les Français des bains publics. C’est seulement au XIXe siècle que le savon redevient un produit populaire. Son usage contribue considérablement aux progrès de l’hygiène domestique et médicale. Malheureusement pour Marseille, ses usines ferment ou délocalisent leur production en Asie au cours du XXe siècle, à cause des crises économiques et des deux grandes guerres. Les savons de fabrication industrielle font leur apparition. Il devient un produit standardisé, peu intéressant pour la peau. Le gel douche le détrône dans les salles de bain, mais l’artisanat du savon à froid refait surface un peu partout en France.

 

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Qu’est-ce qu’un savon « ordinaire » saponifié à chaud ?

Dans l’industrie du savon, lorsqu’on fabrique des savons en grande quantité, c’est la saponification à chaud qui est utilisée. En principe, les industriels chauffent la pâte à savon jusqu’à 120°C à peu près afin d’accélérer la réaction chimique qui est normalement assez lente. Ils sont conçus à partir d’huile de palme ou de gras de boeuf auxquels s’ajoutent de nombreux additifs synthétiques: EDTA, propylène glycol, sodium laureth sulfate, chélatants… Le savon est standardisé, pire, il est séparé de sa glycérine (vendue à d’autres industriels), ce qui cause sécheresse et démangeaisons, allergies ou hypersensibilité de la peau.

Qu’est-ce qu’un savon saponifié à froid ?

Avec la saponification à froid, on ne chauffe pas la pâte à savon, cela permet d’introduire dans la pâte des huiles végétales aux qualités merveilleuses et de garder bien intactes ses propriétés. Cela permet aussi d’introduire des huiles essentielles (sensibles à la chaleur), des pigments minéraux ou végétaux, et des actifs comme du miel ou du lait.

Un savon à froid est souvent « surgras », ce qui signifie qu’une quantité d’huile végétale a été introduite en excès. Et à la fin de la réaction, cet excès reste en suspension dans le savon pour le plus grand bonheur de votre peau qui bénéficiera de ses qualités nourrissante et antioxydante. Dernier point: la glycérine qui se forme naturellement lors de la réaction de saponification est conservée dans le savon à froid et viendra hydrater la peau. En bref, le savon saponifié à froid laissera votre peau propre, nourrie et hydratée. Imaginez ses bénéfices lorsqu’il contient des huiles essentielles…

 

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La sélection shopping de savons à froid labellisés Slow Cosmétique :

Quels sont les effets connus et soupçonnés de ces types de savons sur notre peau?

Le savon saponifié à chaud n’est pas nécessairement un « mauvais » savon (le savon d’Alep est par exemple un très bon savon saponifié à chaud, souvent utilisé pour des problèmes dermatologiques). Je préfèrerais un « bon »  savon à chaud qui comprend des ingrédients simples (comme le vrai savon d’Alep) à un « mauvais » savon à froid qui, lorsque vous lisez l’étiquette, montre la présence de conservateurs pas toujours très bons ou un parfum pas très naturel… 

Par contre, vous avez de très bon savons à froid, surgras, avec des huiles végétales précieuses, des huiles essentielles, des pigments naturels, des extraits végétaux, du miel, du lait… Ces savons ne peuvent qu’être bons pour votre peau (et si vous êtes sensibles aux huiles essentielles, il en existe sans!). Les pains de savons à froids ont des qualités cosmétiques et écologiques car les formules intègrent des ingrédients purs, naturels. Nous réalisons qu’un savon conçu avec des huiles de première qualité, dont on n’extrait pas la glycérine préserve et entretient la santé de la peau.

Je conseille de bien lire les étiquettes sur les savons, surtout la liste des ingrédients (appelés« INCI »). Si vous n’y comprenez rien, tapez le nom des ingrédients sur internet et tentez de savoir quel rôle il a et s’il est indispensable au produit. Ceci est valable pour tous les cosmétiques d’ailleurs! Je sais que cela prend du temps, mais à force de vous renseigner, vous saurez les reconnaitre! Quoiqu’il en soit, je préfère le savon -à chaud ou à froid- au gel douche qui ne lave pas. Le gel douche a été étudié pour mousser et déposer un léger film sur l’épiderme qui rend la peau douce au toucher. En réalité, quand votre peau ne « crispe » pas c’est qu’elle n’est pas nettoyée. A l’essai, les promesses sont rarement tenues et on découvre aujourd’hui l’impact écologique de ces produits. Il en va de même sur notre santé: les problèmes dermatologiques n’ont jamais été aussi nombreux et difficiles à résoudre que ces 50 dernières années.

 

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「 Vous l’aurez compris, mieux vaut une peau tiraille quelques secondes que l’on nourrit avec une huile végétale après la douche, que se faire croire qu’on se lave avec un produit doux qui n’est en fait pas sympa pour notre peau, notre santé ni l’environnement. Comme Émeline me l’expliquait, le savon froid fait un retour en force depuis les années 1980. Il est donc de plus en plus facile d’en trouver de fabrication artisanale et française, voire locale. Faites les marchés de créateurs, les rayons cosmétiques des magasins bio et furetez sur internet pour trouver ces perles. Etant moi-même fan des savons Moé, je vous les recommande bien sûr mais si vous avez un artisan près de chez vous, profitez-en! 」

Qu'est-ce qui vous retient de vous mettre au savon à froid?

Déjà accro? Quelles marques recommandez-vous?

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Lucie Paimblanc

Blogueuse engagée et gourmande. Journaliste touche-à-tout. Auteure de ce blog bienveillant qui t'aide à devenir écolo et réduire tes déchets sans douleur.

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